Les 3 symboles étatiques du Japon : le Mirroir, le Sabre antique et le Joyaux.
Le Taoïsme
Réflexion :
"J'ai mis du temps, mais le temps ne compte plus !
Au début, comme les idiots, je provoquais des passes d’armes, des bruits de ferraille sans effet.
Mon Maître disait : Tu es comme la vague qui heurte la digue et y gaspille son eau à grand bruit.
Ce n’est pas la Voie.
Puis, longtemps, j’ai cru qu’il fallait attendre l’ouverture pour frapper.
Mon Maître disait : Tu es comme le drapeau qui attend le vent pour claquer. Ce n’est pas la Voie.
J’ai progressé. Je suis devenu l’autre. Je voyais son attaque, l’ouverture, avant qu’elle ne brille dans ces yeux.
Mon Maître disait : Tu es un bon guerrier qui devine l’adversaire. Ce n’est pas la Voie.
Alors, je suis rentré en moi-même, et j’ai travaillé, longtemps. Et j’ai fini par découvrir ce que je croyais
l’ultime Vérité : ma décision ne dépendait que de ma décision. Je portais le coup, unique et définitif, parce que
c’était comme cela que ce devait être.
Mon Maître m’a dit : Maintenant, tu es un Maître, mais ce n’est pas encore la Voie.
Il m’a donné son école et s’est retiré dans la montagne. Aujourd’hui, après beaucoup d’enseignement, je sais.
Lorsqu’un sabreur observe avec simplicité, sans but autre que celui d’observer, alors ce qu’il observe, il le crée.
Il crée le combat, ou l’absence de combat, et tout l’environnement. Et ceci est la Voie."
Le Taoïsme antique (Tao Kia) a été fondé par Lao Tseu, le Sage légendaire, contemporain de Confucius. Le Tao Te King (Classique de la Voie et de la Vertu) composé par le Maître représente l'essence même du Taoïsme. Ses poèmes demeureraient très hermétiques sans les écrits de Tchouang Tseu. Le Taoïsme a joué un très grand rôle dans la Chine impériale, en ce sens qu'il constitue une synthèse des conceptions pré-confucéennes. C'est pourquoi les concepts que l'on retrouve dans le Tao Te King ne constituent pas des nouveautés. Ils ont subi néanmoins quelques modifications dans leur définition. Aussi, les entités dispersées de l'époque protohistorique se retrouvent dans le Taoïsme antique, imbriquées les unes aux autres pour former un système d'une cohérence remarquable.
Pour ceux qui n'ont encore aucune idée du sujet, nous leur citerons quelques mots-clés :
TAO
CIEL
TERRE
YIN
YANG
KI (TCHI)
TAI CHI
LA TRIADE
MICROCOSME
MACROCOSME
Le Taoïsme a influencé fortement la mentalité chinoise sans que cette dernière s'en aperçoive. Ainsi, l'idée centrale selon laquelle l'homme est né du Ciel et de la Terre, implique la non-séparation de l'être humain et de l'Univers. Il convient dès maintenant de noter cette symbiose fondamentale.
Les relations commerciales et culturelles que la Chine entretient avec ses voisins appelés zone ou espace sinisé, ont permis au Taoïsme de se diffuser largement. Dans le cas particulier du Japon, ce dernier a imprégné le Shinto, notamment par des pratiques magiques et plus tard le Bouddhisme Zen (le non-agir ou Wou Wei).
Nous commencerons notre exposé par une présentation chronologique de l'histoire de la Chine impériale pour permettre de situer le Taoïsme dans son contexte initial, puis nous évoquerons les concepts pré-confucéens que nous avons déjà mentionnés plus haut, puis nous aborderons le Taoïsme proprement dit, en insistant sur la Triade (les "3 Puissances") ou Microcosme-Macrocosme et de son rapport avec le Tao suprême.
Chronologie historique de la Chine ancienne :
Voici une présentation générale et chronologique des courants fondamentaux qui ont imprégné la Chine impériale et par la suite sa zone d'influence (ex. Japon, Corée, Viêt Nam etc...).
Epoque légendaire
Fondation de la Civilisation par de grands Héros mythiques
Antiquité :
Dynastie Chang ou Yin (?-XI ième av. JC) : inscriptions oraculaires
Dynastie Tcheou (XI ième-771 av. JC)
Période Tchouen-tsieou également appelée Printemps-Automne (722-481 av. JC) : textes pré-confucéens; Confucius; Lao Tseu (?); Territoires en guerre (270 conflits en 200 ans)
Périodes des Royaumes Combattants (V-III ième av. JC) : multiples courants philosophiques; instabilité permanente.
Dynastie Tsin : (221-207 av. JC) : unification impériale; proscription des Classiques;
Dynastie Han (206 av. JC-220 ap. JC) : Confucianisme, doctrine officielle; commentaires des Classiques; textes modernes, textes anciens.
Le Moyen Age :
Les Trois Royaumes (220-280)
Les Six dynasties (222-589)
Les Souei (581-617)
Les Tang (618-907) : néo-taoisme, essor du courant bouddhique
Les Temps modernes :
Les Song septentriaux (960-1126) : néo-confucianisme
Les Song méridionaux (1127-1279)
Les Ming (1368-1644)
Les Tsing (Mandchous, 1644-1911)
Concepts pré-confucéens :
Voici un aperçu des concepts-clés de la pensée Chinoise. Leur origine reste inconnue ou incertaine. Ils constituent néanmoins l'ossature de la mentalité asiatique orientale et extrême orientale, sous une forme ou sous une autre.
Ciel et Terre :
Il existe un panthéon de divinités dont Tchang Ti représente le Souverain d’En-Haut, Maître de la Nature et du Destin, protecteur de la famille royale et son juge (Mandat Céleste). Par ailleurs, nous trouvons un ensemble de Divinités (Ti) anthropomorphes ou identifiées à des entités naturelles (monts, fleuves, sol etc…).
Selon le Yi King (Livre des mutations), le Ciel (activité yang pure) et Terre (activité yin pure) se sont accouplés (Hiérogamie) pour donner l'ensemble des choses qui existent. Cette génération procède d'une interaction entre Yin-Yang (Ki) et de mutations ou transformations.
Tao :
Le Tao représente le chemin, la voie ou bien, tracer le chemin, conduire, mettre en communication (le Ciel et la Terre). Ces définitions générales sont complétées par la notion d’Ordre ou principe d’Ordre. Nous trouvons le Tao du Ciel (Tien Tao), Tao de la Terre (Ti Tao), Tao de l’homme (Ren Tao). Enfin, le Tchang Tao ou Principe absolu représente le Tao dont Lao Tseu nous parle dans ses poèmes.
Te :
Te représente la Vertu chinoise, la force intérieur, conférant la cohésion et la maturation de toute chose.
Yin et Yang :
Yin correspond au principe féminin, sombre, froid, régissant la vie animale, tandis que Yang est le principe masculin, lumineux, chaud, conférant l’individualité et l’esprit. De leur union naquit le Ciel puis la Terre. Ces derniers à leur tour créent le Monde, dont l'Homme constitue le récapitulatif.
L’Homme :
Il est le produit de la fusion du Ciel (Père) et de la Terre (Mère). Il appartient à une entité à 3 composantes appelée Triade ou 'les 3 puissances’. De plus, il possède selon les Anciens une âme ou groupe d’âmes, d'activité Yin (Po), représentant sa partie animale. Par ailleurs, il intègre un élément spirituel (Houen), d'activité Yang. Enfin, sa voie, le Ren Tao est toujours subordonnée à la Voie du Ciel (Tien Tao).
Finalement, les Anciens Chinois de l'époque pré-confucéenne représentent l'Univers sous un angle panthéiste et hiérogamique. Aussi, Yin et Yang assurent la continuité des processus naturels. Les notions de Tao, Microcosme et Macrocosme établissent une hiérarchisation du Monde.
Le taoïsme antique :
Tao suprême
Le Tao représente l'entité primordiale et éternelle, antérieure aux divinités supérieurs (Ti) (Tao Te King, chap. 25) et il est à l'origine du Monde Visible (Yeou) (Tao Te King, chap. 40) . Englobant le Vide (Wou), il est inacessible au sens. Aussi, reconnaissons-nous dans cette conception l'existence d’une hiérarchie déjà mentionnée :
Visible subordonnée à l’Invisible
Nommable subordonnée à l'Innommable (Tao Te King, chap. 1)
De fait, il existe selon cette approche, une réalité supérieure qui transcende toutes les modalités sensibles et insensibles. Finalement, nous avons un dépassement du principe d’Ordre énoncé antérieurement.
Dans un contexte contingent, le Tao possède une tendance féminine (Yin), designé comme ‘La Mère du Monde’, ‘le Mystérieux Féminin’ par Lao Tseu. Son Te (Vertu nourricière) entretient et amène à maturité les êtres, grâce à la collaboration du Ciel et de la Terre, du Yin et du Yang.
Ascèse taoïste :
Partant de l'idée que le Te supérieur se confond à l’efficacité du Tao lui-même. Les taoïstes condamnent la connaissance discursive (Tao Te King, chap. 2) car générant la multiplicité. De même, le langage n'introduit que des Tao contingents et donc limités. Par ailleurs, ils suivent une discipline de vie méthodique (ascèse) : maîtrise des facultés sensorielles et des sentiments (Tao Te King, chap. 12), concentration et entretien du Souffle (Ki). De fait, cette approche est considérée comme surpassant les ‘petites’ vertus :
Ren (vertu d’Humanité)
Yi (Equité)
Li (Ritualisme)
Finalement, le taoïsme prend ses distances vis-à-vis de la voie de Confucius. Cependant, il est important de signaler à ce stade que ces 2 doctrines ne s'opposent nullement. En effet, elles possèdent chacune leur place respective dans la culture Chinoise.
Le non-agir (Wou Wei) :
Le Wou Wei se présente comme le concept-maître du taoïsme antique. Ce concept renvoie à des images telles que le cours d'eau que rien n'arrête, ou une roue tournant dont le centre demeure toujours immobile. Le non-agir revête un nombre indéfini d'aspects :
Attitude de non-intervention dans le cours des choses et de respect de l’autonomie d’autrui
Action limité et contrôlée (ex. Action militaire) (Tao Te King, chap. 31)
Attitude privilégiant la spontanéité et le désintéressement
Culture du caractère féminin (Yin) et de l’état d’enfance, qualités surpassant les vertus viriles car proche du Tao originelle
Le taoïsme visent à l'intégration totale et effective de l'homme dans l'Univers. Pour ce faire, il ne recommande pas la connaissance discursive et se détache donc de la voie confucéenne, mais prône l'intuition intellectuelle directe ou non-mental, la spontanéité et le détachement, même dans l'action. C'est pourquoi, le Wou Wei (non-agir) représente le concept-clé de la doctrine : '(...) Le sage gouverne par le non-faire, il enseigne par le non-dire (...)'.
A suivre...
Le Tao : concept chinois du Chemin (Do ou Michi en japonais).
Nous vous proposons un aperçu sur le confucianisme. Il a marqué profondément la société japonaise par le biais de 7 siècles de gouvernement militaire (bakufu). Pour les pratiquants déjà informés, nous les renvoyons aux fondements du bushido et du seppuku, au source de l’étiquette, ou encore à l’organisation sociale du Japon ancien.
Confucius (551-479 av. JC) est un lettré (mandarin) du pays de Lu, principauté située au sud de l’actuelle province du Shandong. Il vivait à une époque où la Chine était morcellée en de multiples états indépendants et guerriers. Nous devons à Confucius la compilation des classiques conservés depuis la fin du II ième millénaire : archives de divination, chants liturgiques et courtois, règles administratives et rituelles, actes officiels et annales. De ces travaux sont sortis des enseignements touchant des pratiques traditionnelles en matière de religion, d’éthique, de politique et de comportement social. Cette synthèse est fixée à l’époque des Han (206 av. JC-220 après JC) sous la dénomination des Cinq Classiques. Par la suite, sous les Song (960-1279), d’autres textes viennent compléter cette oeuvre sous le nom des Quatres Livres. Finalement, l’ensemble de cet héritage constitue le fondement de l’enseignement confucéen.
Confucius aurait eu 3000 disciples dont 72 constituaient l’élite. Ces derniers ou leurs descendants ont transmis sa pensée. Nous citerons 2 auteurs célèbres, Mencius (fin du IV ième-début du III ième siècle av. JC) et Xunzi (300-230 env. av. JC).
A la mort de Confucius en 479 avant J.C., le duc de Lu lui fit ériger un temple à Qufu, lieu de sa naissance. Son culte ne fera que s’accroître au cours du temps. L’ensemble de la population participe à cette opération depuis le peuple jusqu’au instances impériales. Les cérémonies rituelles s’effectuent dans des lieux appelés temple de Confucius ou temple de la Littérature.
Malgré l’aspect formel et dogmatique de ce culte, le confucianisme n’est pas considéré comme une religion dans le contexte chinois. En effet, l’autorité de Confucius n’est pas la même que celle de Bouddha. Aussi, le terme de li, désignant les pratiques rituelles confucianistes est impropre à caractériser les pratiques d’une religion (Bouddhisme et/ou Taoïsme).
La pensée confucianiste s’intéresse à la répartition des rôles dans la société et insiste sur la notion de devoir et de réciprocité : amour paternel et piété filiale, bienveillance et reconnaissance, justice et loyauté. Aussi, la morale confucianiste ne se préoccupe guère de finalité métaphysique, mais plutôt de l’harmonie sociale, reflet de l’harmonie cosmique (yin et yang, ciel et terre, les saisons, etc…).
La dignité de l’homme est définie selon cette approche, par sa nature d’être social, subordonnée par son activité au sein de la société. Ainsi, le mot célèbre de Confucius "Que le Prince agisse en Prince, le sujet en sujet, le père en père, le fils en fils" constitue un aperçu explicite de sa pensée sociale. La société confucéenne se présente donc comme une structure hiérarchique où chacun doit reconnaître ses différences.
Il existe 5 relations fondamentales à l’origine des autres : le père et le fils, le prince et le sujet, l’époux et l’épouse, l’aîné et le cadet, les collègues et les amis. Ces types de relations impliquent des obligations spécifiques qui déterminent une vertu particulière. Les obligations du fils à l’égard de son père constituent la première vertu majeure appelée xiao (piété filiale). La relation juste et donc la parfaite exécution des devoirs envers autrui définit une seconde vertu dénommée ren (bienveillance ou vertu d’humanité). Ren est l’essence de l’humanisme confucianiste. Aussi, l’homme de bien (junzi) possède en première qualité ren; viennent ensuite s’ajouter la loyauté (zhong), la fidélité (xin), la sagesse et le courage (yong). Nous retrouvons ces vertus dans le bushido.
"Bushido signifie la volonté déterminée de mourir.
Quand tu te retrouveras au carrefour des voies
et que tu devras choisir la route, n’hésite pas :
choisis la voie de la mort.
Ne pose pour cela aucune raison particulière
et que ton esprit soit ferme et prêt.
Quelqu’un pourra dire que si tu meurs
sans avoir atteint aucun objectif,
ta mort n'aura pas de sens :
ce sera comme la mort d'un chien.
Mais quand tu te trouves au carrefour,
tu ne dois pas penser a atteindre un objectif :
ce n'est pas le moment de faire des plans.
Tous préfèrent la vie à la mort et si nous nous raisonnons
ou si nous faisons des projets nous choisirons la route de la vie.
Mais si tu manques le but et si tu restes en vie,
en réalité tu seras un couard.
Ceci est une considération importante.
Si tu meurs sans atteindre un objectif,
ta mort pourra être la mort d'un chien,
la mort de la folie,
mais il n'y aura aucune tache sur ton honneur.
Dans le Bushido , l'honneur vient en premier.
Par conséquent, que l’idée de la mort soit imprimée dans ton esprit
chaque matin et chaque soir.
Quand ta détermination de mourir en quelque moment que ce soit
aura trouvé une demeure stable dans ton âme,
tu auras atteint le sommet de l'instruction du bushido"
Le Bushido prône les vertus propres aux guerriers (bushi) : fidélité au seigneur, courage devant la mort dont le seppuku (hara kiri) constitue la représentation suprême. Avant 1600, il se trouve sous les dénominations de 'voie de l'arc et du cheval' ou 'de la fidélité' dans les épopées et les codes de familles ou de fiefs. Il est couché sur papier au XVII ième siècle. Les conceptions diffèrent selon qu'elles sont d'influence bouddhique, surtout Zen, ou confucianiste et selon la génération de leurs auteurs. Nous citons 3 écrits majeurs :
Traité des cinq anneaux (Gorin no sho) par Miyamoto Musashi (1584-1645)
Lectures élémentaires sur le bushido (Budo shoshin shu) par Daidoji Yuzan (1639-1730)
Caché dans les feuilles (Hagakure) par Yamamoto Tsunetomo (1659-1719).